La Croix: un paradoxe glorieux

La notion de gloire peut être trompeuse. Avez-vous déjà entendu quelqu’un dire: « Ce serait vraiment génial qu’untel, cet athlète célèbre, devienne chrétien? Toute la gloire en reviendrait à Dieu! »

Je suis tout-à-fait d’accord: Dieu est glorifié, et on le loue quand quelqu’un se convertit. Si une célébrité devient chrétienne, d’autres personnes se tourneront vers le Christ plus facilement. C’est formidable. Mais en disant cela, c’est un peu comme si nous voulions que Dieu soit célèbre!

Une conception erronée de la gloire

Voici un autre exemple: C’était, je crois, dans Christianity Today (ndt: magazine chrétien publié aux États-Unis). Lors d’une interview d’Edith Schaeffer on lui a demandé: « De nos jours, quelle serait la chrétienne la plus remarquable? ». Elle a répondu: « Nous ne connaissons pas son nom. Elle est en train de mourir quelque part dans un service de cancérologie ou elle vit en Inde. » Quelle excellente réponse! Mais cela me pose un problème, tout comme à Edith apparemment. 

Cette question, à elle seule, suggère que nous puissions effectivement identifier une chrétienne comme étant la « plus remarquable »! Comme si le fait d’être célèbre et reconnu était une marque de maturité chrétienne. C’est une conception erronée de la gloire, et elle est presque à l’opposé de ce que Dieu dit de la gloire.

Une réalité bien différente

La manière dont Jésus s’est exprimé pendant les derniers mois de sa vie, était totalement à l’opposé de notre propre conception de la gloire:

Ce qui est très estimé parmi les hommes est abominable devant Dieu. – Lc 16.15

Pensez à la vie de Jésus. On ne l’aurait probablement pas interviewé dans les médias ou photographié avec des célébrités. 

Quelles images de Jésus nous donnent les Écritures? Jésus et une quasi-prostituée près d’un puits. Jésus et Zachée. Jésus et Pierre, le frimeur. Voilà les images que nous avons de Jésus. Le seul cliché que l’on ait du Christ avec une célébrité, c’est avec Pilate. Mais Jésus n’y est pas à son avantage.

Lorsque Dieu se révèle à nous, nous découvrons une réalité bien différente de celle à laquelle nous nous attendions. Vous vous souvenez de la colère de Jésus lorsque les pharisiens lui ont demandé un signe? Jésus leur a craché cette réponse: c’est une « génération mauvaise » qui pose ce genre de question (Mt 12.39).

La gloire selon Dieu

Le thème de la gloire est dominant dans l’Évangile de Jean. « La Parole s’est faite homme, elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité, et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme celle du Fils unique venu du Père. », écrit Jean en 1.14. En d’autres termes, « nous avons vu la gloire de Dieu ». Que voyaient-ils donc?

Pour connaître la réponse, examinons les commentaires de Jésus sur sa propre gloire. Quand les grecs viennent vers lui en Jean 12.23, c’est pour le voir. Jésus répond: « L’heure où le Fils de l’homme va être élevé dans sa gloire est venue. » Nous allons donc savoir ce qu’est la gloire de Dieu.

Quand Dieu montre sa gloire, que montre-t-il? De quoi parle-t-il? En premier lieu de sa mort.

En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul. – Jn 12.24

La même chose se produit lors de la dernière Cène en Jean 13.31. Juste après le départ de Judas, Jésus, prévoyant sa propre mort, dit: « Maintenant, la gloire du Fils de l’homme a été révélée et la gloire de Dieu a été révélée en lui. » Comme si ce n’était pas assez clair, il parle à nouveau de l’heure de sa mort dans sa prière sacerdotale. C’est l’objet de tout son message. C’est l’événement qui s’annonce.

L’heure est venue! Révèle la gloire de ton Fils afin que ton Fils [aussi] révèle ta gloire. – Jn 17.1

La gloire de Dieu manifestée à la croix

C’est tellement surprenant, parce que lorsque nous pensons à la gloire, nous pensons au matin de la résurrection. Nous disons: « C’était un matin glorieux. » Et c’est vrai. Ou bien nous pensons aux feux d’artifice du 4 juillet (ndt: fête nationale aux E-U), ou à la gloire que nous connaîtrons lorsque Jésus reviendra.

Tout cela est correct. Mais ce que Jésus affirme dans ces trois passages de Jean, c’est que la manifestation suprême de la gloire de Dieu se fait à la croix. Il y a là un véritable paradoxe, quelque chose qui ne cadre pas.

Notre idéal de gloire tourne autour de tout ce qui est incroyable, brillant, lumineux, ou qui nous laisse ébahis. Alors que la gloire de Dieu se révèle dans sa faiblesse et son amour pour nous (ndlr: cf 1 Co 1.25). L’évêque Stephan Neill a déclaré: « Si la crucifixion de Jésus est en quelque sorte, comme les chrétiens l’ont cru, la mort de Dieu lui-même, alors nous pouvons comprendre ce qu’est véritablement Dieu. »


Merci à Christine Davée pour la traduction de cet article. Extrait de la transcription du Cours audio d’Amour, Partie 5: « Entrer dans la Passion de Jésus », Chapitre 6, « La Gloire ».

Pour aller plus loin:

Paul Miller

Paul Miller est directeur exécutif de seeJesus.net, mission internationale de discipulat, et auteur à succès de livres et d'études bibliques interactives, notamment A Praying Life et J-Curve

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