Mes enfants grandissent vite et, entre nous, ils grandissent même un peu plus vite que je ne l’aurais imaginé. Mon fils a maintenant 13 ans et, dans à peine un semestre, il entrera au lycée. Il m’arrive parfois de repenser à l’époque où j’avais son âge, aux choses que je découvrais et à celles qui commençaient à susciter mon intérêt.
J’étais convaincu d’être devenu un adulte, mais je réalise aujourd’hui que je n’étais encore qu’un enfant. C’est, au mieux, inquiétant. Pendant ce temps, ma fille aînée a 11 ans… et se comporte déjà comme si elle en avait 16. Je l’aime profondément, mais elle aussi grandit bien trop vite. Il y a trois enfants dans notre maison, mais un seul est encore véritablement un enfant.
À mesure que mes enfants grandissent, je réalise que je dois avoir avec eux des conversations inconfortables, mais importantes. Ce sont des discussions pénibles, mais nécessaires dans un monde comme le nôtre. J’imagine que ce qui serait pire que ces conversations, c’est de ne jamais les avoir.
Il y a quelque temps, nous avons mis en place un plan, chez nous, pour protéger nos enfants de certaines des choses qui rôdent sur Internet. Nous avons supprimé l’accès à Internet sur certains appareils, limité cet accès sur d’autres, et installé des filtres qui permettent de surveiller notre activité en ligne. Sur le plan technique, tout s’est déroulé sans difficulté, mais sur le plan relationnel, cela a été un peu plus délicat.
Récemment, mon fils m’a dit:
“Papa, tu me traites comme si j’étais accro à la pornographie. Pourtant, je n’en ai jamais regardé et je ne veux pas en regarder!”
Et il a raison, dans une certaine mesure. Si je ne le traite pas comme un dépendant, je le traite au moins comme quelqu’un qui pourrait le devenir — quelqu’un qui a cette inclination, ou qui pourrait l’avoir bientôt. En ce sens, je pense le comprendre un peu mieux qu’il ne se comprend lui-même. Bien sûr, notre plan concernant Internet ne vise pas uniquement à protéger nos enfants de la pornographie, mais cela reste l’un de ses objectifs principaux.
Cependant, son exaspération et sa peine nous ont donné l’occasion de parler d’un principe qui m’a beaucoup aidé dans ma propre vie: lorsque vous êtes au meilleur de vous-même, préparez-vous pour le moment où vous serez au pire. Je vois là une application de 1 Corinthiens 10.12-13:
Ainsi donc, que celui qui croit être debout prenne garde de tomber. Aucune tentation ne vous est survenue qui n’ait été humaine; Dieu est fidèle, et il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces; mais avec la tentation il préparera aussi le moyen d’en sortir, afin que vous puissiez la supporter.
Au cœur même de ce passage, qui parle de l’immoralité sexuelle, de la puissance de la tentation et de la promesse qui l’accompagne, l’apôtre Paul lance un appel à l’humilité: “Que celui qui croit être debout prenne garde de tomber.” Cela correspond à ce qu’il écrit aussi à l’Église de Rome:
Par la grâce qui m’a été donnée, je dis à chacun de vous de ne pas avoir de lui-même une trop haute opinion, mais de porter un jugement équilibré, selon la mesure de foi que Dieu a départie à chacun.
Romains 12.3
Il existe une forme de faiblesse, une forme de vulnérabilité, qui apparaît lorsque nous sommes convaincus de notre propre force. C’est précisément lorsque nous ne sommes pas tentés, lorsque nous nous tenons fermement dans la grâce du Seigneur, que nous devons penser aux moments où nous serons faibles, tentés et attirés par le péché. Nous devons partir du principe que ces moments viendront, et utiliser nos temps de force pour mettre en place des protections qui nous préserveront lorsque nous serons faibles. Une nation sage construit ses défenses en temps de paix, et non lorsque l’ennemi a déjà envahi son territoire; un propriétaire prudent souscrit une assurance avant la catastrophe, et non après que l’inondation a commencé. Le chrétien sage combat le péché même lorsque celui-ci semble lointain et inactif.
Je ne me considère pas particulièrement vulnérable à la tentation de la pornographie. Je peux m’asseoir devant un ordinateur tôt le matin ou tard le soir sans ressentir la moindre envie d’en abuser. Pas à ce stade, du moins. Pourtant, comme je l’ai expliqué à mon fils, je me considère moi-même comme quelqu’un qui pourrait y être exposé. Je le fais parce que je connais ma propre tendance au péché, et parce que j’ai vu tant d’hommes se surprendre eux-mêmes — et bouleverser leurs familles — en y succombant.
C’est manifestement l’un des principaux points d’attaque de Satan contre les hommes aujourd’hui, jeunes comme vieux, et il serait insensé de penser que je n’y serai jamais confronté. Il serait insensé de ne pas m’y préparer dès maintenant, tant que je suis lucide. Et ce serait tout aussi insensé pour mon fils.
Je n’ai encore jamais rencontré un homme qui n’ait jamais été tenté, d’une manière ou d’une autre. C’est pourquoi j’utilise des logiciels de filtrage, des outils de redevabilité, et, mieux encore, j’ai des hommes qui me posent des questions franches sur ma vie. En fin de compte, lui ai-je expliqué, je n’impose à mon fils que le même standard que celui que je m’applique à moi-même: celui d’un homme pécheur, désireux d’éviter à tout prix une chute grave, et pleinement conscient que, lorsque je commence à perdre ma joie en Dieu, je commence aussi à trouver plus de plaisir dans le péché. C’est, je l’espère, le jugement équilibré auquel le Seigneur nous appelle.
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Orateurs
R. Charrier
