Chaque année, certains livres que je lis façonnent une manière de penser, d’aimer Dieu et de servir l’Église.
2025 n’a pas fait exception. Voici dix ouvrages qui ont nourri ma réflexion intellectuelle, aiguisé ma théologie et, souvent, remis de l’ordre dans mon cœur. Certains sont récents, d’autres plus anciens. Tous ont été lus cette année.
Un classique d’un professeur de philosophie morale catholique. Sertillanges rappelle que la vie intellectuelle n’est pas d’abord une question de performance, mais de vocation. Lire, penser, écrire: tout cela engage une discipline morale, une ascèse, une fidélité dans le temps. La thèse est simple: penser juste demande une vie ordonnée. Pour quiconque à un ministère, ce livre a été pour moi une piqûre de rappel contre la dispersion et la superficialité contemporaine.
Une ecclésiologie (point de vue baptiste) solide, biblique et remarquablement pédagogique. Allison articule avec clarté l’identité de l’Église comme peuple pèlerin: enraciné dans le ciel, engagé sur la terre. Un excellent équilibre entre théologie systématique, exégèse et implications pastorales.
Probablement l’un des meilleurs ouvrages et le plus complet pour penser l’Église. Je mentionne aussi les 2 tomes de Henri Blocher, Doctrine de l'Église et des sacrements (Édicac), qui sont incroyables.
Un modèle de vulgarisation théologique exigeante. Chaque jour, une doctrine. Je ne l’ai pas lu en méditation quotidienne, mais partie par partie. Chaque doctrine, expliquée simplement, sans jamais être simpliste. L’essentiel de la doctrine est présenté avec clarté. DeYoung excelle dans l’art de dire beaucoup avec peu.
Un ouvrage collectif très pastoral, où chaque péché capital est abordé non seulement comme un vice à mortifier, mais comme l’antithèse d’une vertu à cultiver. L’intérêt majeur du livre est son refus du moralisme: le combat contre le péché est toujours replacé dans la dynamique de la grâce et de l’union à Christ, et présenté positivement comme la poursuite de la vertu.
Un classique redoutablement efficace. Lundgaard rend accessible la théologie puritaine du péché restant, notamment celle de John Owen. Précis, direct, sans détour: il aide à nommer le péché, à comprendre sa dynamique, et à combattre sans illusion… mais avec espérance.
Watson à son meilleur. Un classique de la littérature puritaine que je me devais de lire. Une théologie de la piété qui ne flotte pas dans l’abstraction, mais qui presse le croyant à désirer Dieu avec ferveur et à se battre avec violence contre tout ce qui se dresse entre lui et le Royaume. Un style dense, imagé, parfois déroutant pour le lecteur moderne, mais spirituellement très stimulant. Un livre qui m’a réveillé et encouragé à me battre contre la tiédeur.
Ce livre n’est pas un manuel d’exégèse, mais une proposition théologique sur ce que signifie lire la Bible comme un acte de foi.
Chez les évangéliques, la lecture de l’Écriture oscille souvent entre une exégèse technique, héritée des méthodes historico-critiques, et une lecture subjective, centrée sur l’expérience du lecteur. Vanhoozer affirme que l’interprétation biblique est un acte théologique.
Lire la Bible, c’est répondre à l’acte de communication du Dieu trinitaire: le Père parle, le Fils est le contenu et l’accomplissement de cette parole, et l’Esprit rend cette parole intelligible et féconde dans l’Église. Selon Vanhoozer, la Bible est comprise dans une économie de révélation où Christ est le référent ultime du sens: il faut le laisser "transfigurer" notre regard sur le texte, sans trahir le sens littéral.
Sur le plan académique, il propose une réflexion théologique entre un sens figé réduit à l’intention de l’auteur humain pour ses destinataires premiers et un relativisme où le sens est produit par le lecteur. Le sens biblique est stable, car enraciné dans l’acte communicatif de Dieu, mais fait pour être interprété par l’Église.
Ce livre offre aux évangéliques un ancrage académique solide pour une herméneutique capable d’unir foi biblique et responsabilité intellectuelle.
Ce que vous croyez à propos du monde détermine profondément votre manière d’y vivre. C’est pourquoi, sans l’ombre d’un doute, je peux affirmer que ce livre est l’une des ressources les plus précieuses pour apprendre à voir – vraiment voir – comme Dieu voit.
Ce livre répond au besoin criant de l’Église francophone d’avoir un ouvrage accessible à tous, solide théologiquement et imprégné de sagesse pastorale, qui aide les chrétiens à mieux vivre dans un monde où tout semble confus.
Certes, je pourrais être soupçonné de manquer d’objectivité: Matthieu est un ami très proche et un fidèle frère d’armes dans le ministère depuis de nombreuses années. Mais, croyez-moi, ce que Matthieu écrit, il le vit. Matthieu est pour moi, plus que quiconque, un frère capable d’éclairer ma lecture du monde à la lumière de la Parole. Par son regard, sa lucidité théologique et son humilité, il m’a souvent édifié, corrigé et gardé de bien des pièges. C’est pourquoi je considère Matthieu comme l’un des théologiens les plus qualifiés pour traiter la vision biblique du monde. Je rends donc grâce à Dieu de lui avoir permis de vulgariser le fruit de longues années d’étude, afin que l’Église francophone puisse en bénéficier.
Ce livre est incroyablement profond. C’est un bijou. Je l’ai lu pendant un séjour à l'hôpital. Il m’a apporté un profond réconfort.
C’est une méditation sur chaque mot du psaume 23. Gibson montre avec finesse comment Jésus accomplit et incarne la figure du berger, de l’hôte et du compagnon fidèle. J’espère qu’il sera traduit.
Voilà pour cette année.
En regardant cette liste, je me rappelle une chose essentielle: la théologie n’est jamais un simple exercice intellectuel. Elle forme des adorateurs et les aide à vivre leur foi avec fidélité.