Comment prévenir l’abus spirituel?

      Gouvernement de l’ÉglisePureté de l’ÉgliseMinistère pastoralRedevabilité
      9 min de lecture

      Je déteste lorsque l’on propose un remède plus dommageable que le mal qu’il prétend guérir, en adoptant des mesures si contraignantes qu’elles deviennent elles-mêmes nuisibles. Tout en reconnaissant qu’il faut faire quelque chose par rapport au problème de l’abus spirituel, prenons garde de vouloir en faire trop et de chercher à y apporter des solutions qui vont plus loin que les principes bibliques.

      Nous devons commencer par reconnaître la suffisance des Écritures face au problème de l’abus spirituel. Autrement, nous serons tentés d’imposer des structures et des normes non bibliques au gouvernement de l’Église. La suffisance des Écritures ne signifie pas l’absence de principes généraux de précaution, mais ces principes doivent demeurer soumis à l’Écriture sainte1.

      La prévention

      Je crois que si nous espérons voir des changements positifs par rapport aux abus dans l’Église, nous devons investir dans la prévention. Le fait de parler de ce sujet est une excellente chose. Plus l’Église et les leaders chrétiens prendront conscience de la réalité de ce problème, plus nous développerons une culture qui résiste aux abus spirituels. Il est souhaitable que l’Église en francophonie organise des conférences sur le sujet, se dote d’ouvrages et de ressources qui équiperont les saints afin qu’ils puissent déceler l’abus et devenir des agents de changement plutôt que de contamination.

      Le but de la prévention est d’empêcher que des profils abusifs accèdent à l’autorité, et de freiner les dérives possibles chez ceux qui sont déjà en autorité. Resserrer les critères ne suffira pas à éradiquer l’abus, mais cela en limitera significativement la propagation. Voici quelques réflexions pratiques2 pour prévenir les abus au niveau institutionnel et au niveau personnel.

      La prévention institutionnelle

      Le caractère et pas seulement les compétences

      Avant d’embaucher un pasteur ou d’ordonner un ancien, il faut s’assurer qu’il soit qualifié d’abord par son caractère, et pas seulement par ses compétences. Les diplômes et les dons, qui ont leur importance, ne peuvent pas compenser les failles morales. L’orthodoxie doit s’accompagner d’orthopraxie. Il est donc impératif de vérifier les antécédents d’un homme qu’on considère pour devenir ancien. Comment les choses se sont-elles passées dans ses précédentes Églises? Le candidat est-il réticent à ce que l’on contacte des personnes avec qui il a travaillé dans le passé? Il est possible qu’il ait eu des conflits, mais comment a-t-il cherché à les résoudre? Est-il recommandé par d’anciens collaborateurs?

      Le travail d’équipe avant la hiérarchie

      Un ouvrier incapable de collaborer ou de partager l’autorité est un drapeau rouge. Les profils abusifs veulent la soumission sans se soumettre eux-mêmes. Une Église saine pratique la soumission mutuelle plutôt que la soumission unilatérale (Ép 5.21). La soumission mutuelle n’implique pas une structure égalitariste qui tend à nier l’autorité pastorale, mais elle rappelle que toute autorité chrétienne est exercée sous l’autorité de Christ et au sein d’un corps. Cherchez des candidats qui se soumettent joyeusement à cette structure et qui collaborent avec les autres sans imposer leur volonté sur tout. Les dominateurs ne laissent pas de liberté ou de marge de manœuvre aux personnes sous leur autorité.

      La transparence en plus de la discrétion

      La discrétion est une belle vertu (Pr 11.12-13, 20.19) et elle est aussi la préférée des abuseurs, car ils comptent sur la confidentialité pour maintenir le silence. Bien sûr, l’Église ne devrait pas être un lieu de dénonciation sans possibilité de confidence. Chacun devrait être à l’aise de confesser ses péchés sans craindre d’être exposé publiquement (Jc 5.16). Les leaders chrétiens ne doivent cependant rien avoir à cacher de scandaleux qui les forcerait à agir dans le secret (2Co 4.2; 1Tm 3.2). Une Église doit maintenir une culture de transparence et d’ouverture. La confiance aveugle qui ne demande jamais de comptes est une tentation plus qu’une bénédiction pour des hommes pécheurs.

      La redevabilité et pas seulement la bonne réputation

      Lorsqu’un homme a une bonne réputation, voire une certaine aura, on lui donne presque carte blanche et parfois des pouvoirs plénipotentiaires. Aucun serviteur ne devrait détenir un pouvoir discrétionnaire pour faire tout ce qu’il veut. L’autorité doit être limitée et pour cela elle doit être partagée. La pluralité d’anciens et la redevabilité des anciens envers la congrégation sont nécessaires. L’Église détient le pouvoir des clés, elle établit ses propres officiers et maintient les exigences bibliques envers eux3.

      La protection des victimes et pas seulement l’institution

      Protéger les victimes et protéger l’Église sera antithétique si l’on voit les victimes comme des ennemies qui veulent détruire l’Église. Nul doute que l’Église se fera des ennemis si elle ne cherche pas la justice pour ceux dont on abuse en son sein. Rechercher la justice commence en enseignant aux brebis à détecter les abus d’autorité et en les responsabilisant. Une autre mesure qui est souhaitable est la mise en place d’un comité indépendant qui peut recevoir et examiner d’éventuelles plaintes et offrir des conseils4. Les unions et associations d’Églises devraient se doter de tels ministères et s’assurer que non seulement les pasteurs fautifs sont accompagnés dans un processus de restauration, mais que les victimes soient également prises en charge puisqu’elles sont souvent laissées pour compte5.

      La prévention personnelle

      Aucun serviteur de Christ ne commence le ministère en aspirant à devenir un pasteur tyrannique. C’est souvent petit à petit que cette tendance se développe à mesure que le Maître tarde et que le serviteur devient négligent (Lc 12.45). Voici quelques rappels destinés aux pasteurs pour éviter une telle dérive.

      Tu es un homme ordinaire, pas un saint exceptionnel

      Il y a des hommes d’exception, mais l’exceptionnalisme pastoral qui amène un homme à voir son ministère comme étant unique est une posture dangereuse. Voici pourquoi:

      La plupart des pasteurs sont tentés de croire (même s’ils ne le diraient pas ainsi) qu’il y a quelque chose d’unique, de spécial et d’inédit dans ce qu’ils ont accompli.

      Ne vous méprenez pas. Je ne suggère pas que toutes les Églises sont identiques. Certaines sont plus saines que d’autres. Et Dieu agit à travers certaines Églises d’une manière particulière, tandis que d’autres peuvent être mortes et sans vie. Mais le syndrome “mon Église est la meilleure” peut mener à des abus si l’on n’y prend pas garde. Le pasteur orgueilleux commence à penser qu’il est vraiment différent des autres. Peut-être n’a-t-il pas à suivre les règles que les autres doivent respecter. Et si quelqu’un le remet en question ou le conteste, il se sent particulièrement libre — en fait, il se sent obligé — d’écraser une telle insubordination. Comment osent-ils critiquer quelqu’un que Dieu a si manifestement béni?6

      L’Église est à Christ et tu en es serviteur

      Il est si facile d’oublier que nous sommes des serviteurs de l’Église et que celle-ci appartient à Christ. Aucun pasteur n’a un droit de propriété sur l’Église, qu’il en soit le fondateur ou le conducteur depuis des décennies. Nous ne sommes que des serviteurs et, qui plus est, des serviteurs inutiles (Lc 17.10). Le service dans l’Église est parfois une tâche ingrate et c’est précisément ainsi que les serviteurs commencent à ressembler à leur Seigneur; lorsqu’ils donnent joyeusement et gratuitement leur vie pour les autres (Jn 15.12-13).

      Une critique contre toi n’est pas une mauvaise chose

      Tout comme la discipline paternelle de Dieu produit d’abord la tristesse et ensuite la joie (Hé 12.11), les critiques fraternelles ont le potentiel de nous rendre meilleurs. Malheureusement, celui qui est incapable d’accueillir la critique ne fera que s’endurcir dans l’amertume et sombrera parfois dans les représailles pour se défendre. Les critiques ne sont pas toujours justes et encore moins bienveillantes, mais elles sont toujours une opportunité pour grandir en humilité. Si nous ratons ces opportunités, notre orgueil, lui, ne manquera pas de grandir.

      Si tu n’es jamais satisfait, c’est peut-être toi le problème

      Finalement, as-tu réfléchi au fait que si tu es toujours mécontent des gens autour de toi, le problème ne vient peut-être pas des autres? Si tu es constamment insatisfait de ton entourage et souvent irrité contre lui, cela vient probablement de ton mauvais cœur. Tu déguises sans doute ce manque d’amour et de douceur derrière un prétendu zèle pour Dieu et un désir d’excellence. Permets-moi cependant de te rappeler que le zèle amer n’est pas un fruit de l’Esprit, mais il est charnel et diabolique (Jc 3.13-18). Je t’invite à te repentir et à saisir la grâce de Dieu avant que ta dureté de cœur n’infecte ceux que Dieu t’a confiés (Hé 12.15).

      Conclusion

      L’Église de Christ doit sans cesse être réformée (semper reformanda). Se conscientiser à la réalité des abus d’autorité, combattre ses causes et guérir ses effets font partie de la réforme nécessaire à laquelle le Seigneur invite son peuple. Puisse le Seigneur nous garder humbles, vigilants et soumis à sa Parole afin que son Église reflète davantage le cœur du bon Berger, qui a donné sa vie pour ses brebis.

      Voici un bref rappel de ce que nous avons couvert dans cette série sur l’abus spirituel:

      Ma prière est que ces quelques articles vous auront été utiles. Je vous invite à consulter l’article d’introduction pour retrouver toutes les autres publications de la série (et celles qui s’ajouteront). J’espère revenir sur ce sujet dans les mois à venir en produisant de nouvelles ressources. En attendant, j’aimerais prêter cette tribune à Caroline Collins qui publiera quelques articles sur mon blog qui s’ajouteront à la série.


      Pascal Denault

      Pascal Denault est pasteur à l’Église réformée baptiste de St-Jérôme (Québec), il est marié avec Caroline et ils sont les heureux parents de quatre enfants. Pascal a complété un baccalauréat et une maîtrise en théologie à la Faculté de théologie évangélique de Montréal. Il est également blogueur sur le site Un héraut dans le net et auteur de plusieurs livres dont Le côté obscur de la vie chrétienne et Disciple aujourd’hui.

      Ressources similaires