Pour une apologétique culturelle au service de l’Église dispersée

Notre milieu professionnel et personnel est le lieu où Dieu nous envoie. Comment y apporter le message d’espoir de l’Évangile et transformer la culture?

Paul Gould définit l’apologétique culturelle comme un projet, celui de « réinvestir le champ de la culture par la parole, la conscience et l’imaginaire du Christ, afin de démontrer que l’Évangile est à la fois vrai, et
profondément satisfaisant ».1

Pourquoi un tel projet? Gould répond en ces termes: « L’Évangile n’a pas la cote (la parole du Christ est mise sous embargo). Les chrétiens sont tout aussi moralement fragmentés que leurs voisins non chrétiens (la conscience du Christ est mise sous embargo). L’imaginaire collectif de l’Église est mondain (l’imaginaire du Christ est mis sous embargo). Enfin l’horizon d’un engagement missionnaire est trop lointain. Cela explique pourquoi l’Évangile est si souvent relégué à la marge de notre culture, considéré comme peu pertinent, ou peu désirable. Ou un mélange des deux. »2

Voilà pourquoi un tel projet, celui de l’apologétique culturelle, est important, voire urgent. C’est ce que nous proposons au travers du projet imagodei.fr: un média d’apologétique culturelle pour les chrétiens et les non-chrétiens. On y trouve des articles, des podcasts, des vodcasts, des événements, des rencontres pour réinvestir le champ culturel par la parole, la conscience et l’imaginaire du Christ.

Partager l’Évangile de manière adaptée

imagoDei est plus qu’un nouveau média, c’est aussi une plateforme de formation pour de nouveaux évangélistes-apologètes culturels. L’objectif est clair: il faut permettre à l’Église dispersée de se saisir des outils de l’apologétique culturelle pour mieux témoigner de sa foi en semaine.

Je pense à Joëline, responsable de l’événementiel dans une grande maison de couture française. Pour la première fois, elle ose prendre la plume, ou
plutôt son clavier, pour proposer une réflexion sur Coco Chanel et la façon dont Dieu nous voit. Osé? Non, courageux. Elle écrit pour sa responsable
hiérarchique. Elle se réapproprie son univers culturel.

Je pense à H.-P. Rand-Rako, enseignante-chercheuse dans une grande université parisienne, qui ose proposer une réflexion biblique en dialogue avec sa spécialité en économie. Culottée pour une fonctionnaire du service public? Non, audacieuse. Elle écrit pour les membres de sa faculté. Elle investit son champ de recherche intellectuel.

Je pense à l’équipe de Sagesse et Mojito (nom du podcast), qui interviewe Tom Holland, grand spécialiste de l’histoire du christianisme et qui rêverait de débattre avec un intellectuel français de la pertinence de Jésus au 21ème siècle. Faut-il rappeler que lui-même n’est pas chrétien?

Je pense enfin à cet auditeur musulman qui nous donne 5 étoiles sur une des plateformes de streaming, encourageant d’autres musulmans à écouter nos contenus. « Bravo, continuez à trouver du sens », nous dit-il.

Vigilance et pertinence

L’horizon missionnaire se rapproche: la parole, la conscience, l’imaginaire du Christ démontrent que l’Évangile est à la fois vrai, et profondément satisfaisant.

Il y a certes des écueils à éviter. L’apologétique culturelle peut très vite se perdre dans les méandres de l’analyse culturelle et oublier l’essentiel: le message de Jésus. Il faut rester vigilant. Elle peut aussi prendre continuellement le contrepied de la guerre des cultures et souffrir de relativisme théologique. Il faut rester saillant. Elle peut enfin s’enfermer dans les structures de plausibilité évangélico-évangélique, pensant toucher le monde, et finalement rester bien à la marge. Il faut rester pertinent.

Un dernier témoignage. Nous travaillons avec une société de médias séculière qui nous accompagne sur le projet. « En fait, votre public, c’est un peu nous », me confiait la responsable de projet. Je souris. « Mais pourquoi Jésus? » Je réfléchis, vigilant, saillant, pertinent. L’Esprit Saint m’accompagne: « Parce que nous pensons que Jésus n’appartient pas qu’à l’Église, il appartient à tout le monde. » Elle acquiesce. « C’est vrai que c’est très intéressant ce qu’il dit. » Je respire.

La parole de Jésus

Avons-nous pris Jésus en otage? Sommes-nous convaincus, comme le défend Dallas Willard, qu’il est le plus grand philosophe, le plus grand intellectuel de tous les temps? Que sa parole est encore d’actualité, et peut toucher les vies de nos collègues, de nos supérieurs, de nos responsables politiques? J’en suis convaincu. Et pourtant, je doute tant!

C’est peut-être là le « double effet Kiss Cool », de ce petit carré qui donne une impression de fraîcheur: l’apologétique culturelle touche aussi bien les non-chrétiens que les chrétiens. Aux premiers, elle montre que la voix du Christ reste la voie de l’excellence et du salut: il est le chemin, la vérité et la vie. Aux seconds, elle rappelle que nous sommes bien sur le bon chemin. Que Jésus dit toujours la vérité, et que sa parole peut encore susciter la vie dans nos milieux bien séculiers. Il suffit d’oser parler, d’oser écrire, d’oser proposer. À votre tour d’être formé?

[1] Gould Paul et JP Moreland, Cultural Apologetics: Renewing the Christian Voice, Conscience, and Imagination in a Disenchanted World, Zondervan Academic, 2019, p.14 (traduction libre de l’auteur).
[2] Ibid., 18


3 ressources pour aller plus loin


Raphaël Anzenberger

Raphaël Anzenberger est rédacteur en chef de ImagoDei.fr professeur adjoint d’études interculturelles à l’Université Internationale de Columbia aux États-Unis, et consultant en leadership organisationnel. Après sa Maîtrise en Économie de l’Université de Strasbourg, Raphaël poursuit son parcours universitaire aux États-Unis avec un Master de Théologie, un Doctorat en Missiologie et un Doctorat en Études Interculturelles à l’Université Internationale de Columbia. Raphaël a également travaillé au Tchad où il a dirigé le Centre Hospitalier de Bebalem et aux États-Unis en tant qu’ingénieur architecte des systèmes d'information dans le groupe Michelin.

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