3 pistes de Paul pour s’investir dans la culture

Lorsque l’Église est fidèle à la mission que lui a donné Jésus Christ, elle doit nécessairement s’investir dans la culture. Bien évidemment, s’investir dans la culture n’est pas notre mission mais faire des disciples de toutes les nations est ce que notre Seigneur nous a appelé à faire. Pourtant, cette tâche sacrée ne peut pas s’accomplir dans une bulle, en dehors du milieu culturel dans lequel vivent les gens.

L’expérience de Paul à Athènes (Ac 17:16-34) est pour nous une aide précieuse. Elle nous montre comment il approche les gens et son ministère.

Cet apôtre ne se retrouva pas à Athènes grâce à une stratégie de ministère planifié et détaillé mais grâce à la providence de Dieu alors qu’il rencontrait de l’opposition dans son ministère. Et, alors qu’il se trouvait en ce lieu, il ne resta pas les bras croisés mais fût dirigé par Dieu pour progresser dans l’annonce de l’Évangile dans un lieu et un moment donnés.

Nous pouvons relever trois choses qui caractérisent le ministère de Paul lorsqu’il s’intéresse à la culture environnante:

1. Paul est interpellé par l’idolâtrie et la perdition des gens

Il fût frappé par la profonde et perverse idolâtrie des Athéniens. Ceux-ci étaient des hommes et des femmes créés pour refléter la gloire de Dieu. Mais ils avaient rejeté le créateur et choisi d’adorer des dieux créés et imaginés à sa place. Paul s’intéressa à la culture, non pas à cause de son amour pour cette culture mais parce qu’il aimait le peuple de Dieu fait à son image. Et parce que c’est un aspect nécessaire pour remplir la mission de l’Église.

2. Paul se concentre sur l’Histoire de Dieu qui culmine dans l’œuvre de Jésus

Sa réponse aux gens et à la culture à Athènes fût de faire ce qu’il avait toujours fait dans chaque ville: proclamer Jésus-Christ comme Seigneur. Il alla dans un premier temps à la synagogue où les écrits étaient disponibles pour être lus et expliqués. Il ne développa pas une approche totalement différente pour s’intéresser aux gens auprès desquels Dieu l’avait envoyé. Au contraire, Il continua à accomplir son devoir en prêchant Christ crucifié. Alors que les Athéniens entendaient ce message, ils devenaient curieux ou incrédules.

3. Paul était capable de montrer aux athéniens comment leur culture et leurs vies étaient à la fois connectées et déconnectés de la vérité de Dieu

Il pouvait faire cela car il comprenait suffisamment leur religion et leur vision du monde pour pointer du doigt le besoin de rédemption, depuis leur propre système de croyance.

S’investir dans la culture ne veut pas dire la consommer de manière irréfléchie ou accepter des produits de cette culture sans esprit critique. Mais c’est une porte dans la vie de personne vivant dans un contexte culturel particulier avec une compréhension de leur monde. C’est comprendre  comment l’Évangile répond à leur blessures et à leur déchéance.

S’investir dans la culture n’est pas le but du ministère mais c’est une composante nécessaire pour une proclamation fidèle de l’Évangile. Cela veut dire que nous travaillons à connaître les croyances, valeurs et idoles des gens, qui déterminent où, quoi et comment ils adorent. Cela veut dire que nous travaillons à articuler clairement la suprématie de Jésus sur ces choses. Cela veut dire que nous restons concentré sur la mission que Christ a donné à l’Église.

Article original de Joe Thorn paru sur le blog de Acts 29. Traduit par Alexandra.

Auteur invité

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  • Peps Cafe dit :

    Bonjour,

    merci pour ce partage, fort intéressant, avec cet angle sur la culture !

    On cite effectivement en exemple le discours de Paul aux Athéniens. En effet, son explication est excellente…mais pour des personnes déjà converties. On peut se demander si son approche était vraiment bien adaptée aux interlocuteurs à ce moment-lesquels l’ont d’ailleurs renvoyé sur les roses !

    Paul use ici, de façon inhabituelle, de rhétorique(pour mieux séduire les Athéniens ?), au point d’en oublier sa radicalité habituelle. Il a tenté l’inculturation avec « le dieu inconnu ». Paul connaît bien entendu ce « dieu inconnu »(c’est Dieu), mais c’est là une astuce rhétorique qui a pour effet de cautionner le polythéisme en faisant entrer « le Dieu unique » par la seule petite porte. Cela ressemble, concernant Paul, à une forme de compromis (foireux ?)avec le polythéisme. D’où le grand échec de sa prédication, qui n’a porté que bien peu de fruits. D’ailleurs, connaissez-vous une grande église d’Athènes, ou une épître « aux Athéniens » ?

    Rien de tel à Rome, où Paul sera, cette fois, sans concessions…

  • Peps Cafe dit :

    Merci à toi ! Excellent article, d’ailleurs, bien construit et très clair(si tu peux le résumer ici en deux phrases, ce serait utile…). En effet, ta conclusion est différente de la mienne.
    Néanmoins, dans ta conclusion, tu ne soulèves pas le fait que la prédication de Paul ait été un échec, ou le fait qu’il n’y ait pas eu de grande église à Athènes, comme il n’y a pas eu d’ « épître aux Athéniens »….Or, il importe d’en comprendre les leçons pour nous aujourd’hui. La rançon du compromis ?

    Ce qui m’amène à penser que je ne suis plus certain aujourd’hui qu’user de rhétorique(à part pour un public déjà convaincu)soit vraiment utile ou susceptible de produire du fruit. Voir, à ce sujet : http://www.theologeek.ch/2015/02/27/evangeliser-dans-le-contexte-de-la-secularisation/

    Sinon, voici, sur ce sujet de la culture : http://www.promesses.org/arts/186p10.html

    Autre remarque(de détail) : tu écrits qu »Il faut alors proclamer la Bonne Nouvelle à tous les hommes, c’est notre mission. C’est important de (re)mettre la mission au cœur de notre théologie ». La « mission »…ou l’Evangile ?
    Et quel est « le coeur » de l’Evangile, que nous avons à proclamer et à affirmer ? 😉

    Sur ce, bonne fête de la Pâque !
    Fraternellement,
    Pep’s

    • Hello,
      Je ne pense pas que l’absence d’une épître aux Athéniens suffisent pour en conclure à un échec de Paul. Il y avait bien d’autres Églises que celles dont les épîtres portent le nom! D’autres part, la rhétorique fait partie de notre discours. On ne peut pas construire de discours sans rhétorique. Jésus lui-même a usé de rhétorique. Rhétorique ne veut pas dire compromission ou séduction. De plus, ce ne sera jamais la rhétorique qui portera du fruit directement, mais l’action de l’Esprit de Dieu (qui peut utiliser —ou non— notre rhétorique).
      Sinon, je maintiens, il faut replacer la mission au cœur de notre théologie. L’Évangile, je l’espère, y est déjà! Si tu veux définir ce qu’est l’Évangile, je te conseille vivement le livre de Greg Gilbert: « Qu’est-ce que l’Évangile » 🙂

      Bonne fête de Pâque à toi aussi

    • Peps Cafe dit :

      Hello Matthieu !

      Merci à toi pour cet échange et ce partage édifiants. Je retiens ta suggestion de lecture et t’en remercie, mais je ne crois pas avoir exprimé le besoin de « définir l’Evangile ». Une bonne définition se trouve d’ailleurs(et notamment) dans Gal.1v3. 😉

      Sinon, tu « ne penses pas que l’absence d’une épître aux Athéniens suffisent pour en conclure à un échec de Paul. Il y avait bien d’autres Églises que celles dont les épîtres portent le nom! »
      Certes ! Sans doute. Néanmoins, les silences bibliques sont toujours extrèmement éloquents ! Pour quelle raison n’y a-t-il pas d' »épître aux Athéniens », témoignant de façon certaine d’une Evangélisation réussie, comme d’une création ou implantation d’église réussie à Athènes ? La question mérite d’être posée et, surtout, creusée.
      Le problème pour notre monde dit « christianisé » est d’avoir tellement intégré le versant hellenistique de notre culture que le polythéisme de grands penseurs antiques, sur lesquels se sont appuyés nos penseurs anciens et modernes(dont certains Pères de l’Eglise ou théologiens)est encore subtilement actif. Et ce, au détriment des racines hébraïques de la Bible.
      En clair, nous avons fait le chemin inverse d’Abraham : lui était parti d’Ur pour Canaan, soit du polythéisme au monothéisme. Certes, nous ne sommes pas revenus à Ur, semble-t-il. C’est pourquoi nous estimons que « tout va bien ». Mais nous sommes revenus à Athènes. Est-ce mieux ?

      « …la rhétorique fait partie de notre discours. On ne peut pas construire de discours sans rhétorique ».
      Comme tu le sais, la rhétorique est « la mise en scène du discours ». Elle fait du discours son objet, et remonte à la Grèce ancienne, au Ve av JC, où elle naît dans un contexte judiciaire : défendre des intérêts et persuader un auditoire. Dans sa « Rhétorique »(justement !), Aristote y examine les effets psychologiques produits par la parole sur ses destinataires, les attitudes à adopter vis-à-vis de son auditoire, les effets de style, les structures de raisonnement susceptibles de donner au langage sa force de persuasion.
      « Rhétorique ne veut pas dire compromission ou séduction » ? Quand même un peu. C’est ce qu’a tenté Paul à Athènes. Mais pas à Rome, où(si on analyse ses « discours »)il se montre plus radical…et plus sobre. D’où le succès. Il existe bien une « épître aux Romains », non ? 😉

      « Jésus lui-même a usé de rhétorique ».
      Jésus enseignait « avec autorité, et non pas comme les scribes »(cf Matt.7v28-29 ; Marc 1v22). Tous « s’étonnaient des paroles pleines de grâce qui sortaient de sa bouche »(cf Luc 4v22 ).
      Paul lui-même explique aux Corinthiens que sa parole et sa prédication « ne reposaient pas sur les discours persuasifs de la sagesse, mais sur une démonstration d’Esprit et de puissance, afin que (la) foi (de ses destinataires) fût fondée, non sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu » (cf 1 cor.2v4-5 et cf1 cor.1v17-31)

      Tu reconnais que « ce ne sera jamais la rhétorique qui portera du fruit directement, mais l’action de l’Esprit de Dieu….. »
      Je ne sais pas si l’on peut dire que la rhétorique peut porter du fruit « directement » ou même « indirectement ». Mais dans tous les cas, c’est l’Esprit qui convainc. C’est son action qui porte du fruit. Il suffit de le laisser faire son travail et nous le nôtre : « faire les présentations » de quelqu’un qu’on connaît.

      En Actes 4v13, les membres du sanhedrin sont étonnés de l’assurance de Pierre et Jean, des “gens du peuple et sans instruction ». Le terme pour « gens du peuple » est « agrammatos », sauf erreur, qui peut vouloir dire, ou qu’ils étaient vraiment « illettrés », ou qu’ils n’avaient pas fait d' »institut/école biblique »(ici plutôt d’écoles rabbiniques).

      « Sinon, je maintiens, il faut replacer la mission au cœur de notre théologie. L’Évangile, je l’espère, y est déjà! »
      Oui, espérons-le ! Mais ce qui est au coeur du message, de l’Evangile, ce n’est pas la rhétorique. Et l’Evangélisation commence par la compassion, moteur de l’action, selon le modèle donné par Jésus (cf http://www.theologeek.ch/2013/10/13/evangelisation-prend-trois-p/ ; https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/02/18/jesus-christ-a-le-pouvoir-de-transformer-ta-vie-jean-7v11-17/ )
      Fraternellement,
      Pep’s
      « Le Seigneur est réellement ressuscité ! »(Luc 24v34)

    • Je pense que tu confonds rhétorique et sophisme. Tu ne peux pas penser la rhétorique d’une manière négative dans la mesure où le discours normal emprunte sans arrêt à la rhétorique. Par exemple, les métaphores sont des figures de rhétorique, les allégories, les syllogismes, ou encore les anaphores. Toutes ces figures de style sont des figures de rhétorique. Et toutes ont été employées par Jésus.

    • Peps Cafe dit :

      Bonjour Matthieu !

      J’espère que tu as passé un bon WE de Pâque !

      Je te remercie pour tes exemples de figures de style…Serais-tu littéraire ?
      J’ajouterai à ta liste le Zeugma, qui signifie « pont » et « lien », et où s’exprime un lien insolite, incongru, riche de sens, entre des mots, des locutions, ou des phrases…

      Sinon, si je puis me permettre, tu sembles beaucoup trop préoccupé par la défense de la rhétorique(d’une « technique »). Ton discours ne tourne, d’ailleurs, et curieusement, qu’autour de cela. Or, tu disais fort justement que c’est « l’action du Saint-Esprit qui produit du fruit ». Et « c’est l’Esprit qui vivifie. La chair de sert de rien. Mes paroles sont Esprit et vie », dit
      Jésus(Jean 6v63). Elles(ses paroles)ont pour moteur la compassion. Je te renvois à nouveau aux deux articles déjà cités plus haut, que tu as sans doute déjà lus.

      D’autre part, pour aller plus loin, il convient de dépasser la forme ou le discours comme (seul)objet, pour s’intéresser au fond, voire aux « silences bibliques » déjà évoqués. Et le fond me paraît être ces
      questions auxquelles tu n’as pas encore répondu :

      « Pour quelle raison n’y a-t-il pas d' »épître aux Athéniens », témoignant de façon certaine d’une Evangélisation réussie, comme d’une création ou
      implantation d’église réussie à Athènes ? Et à quel point sommes-nous « revenus à Athènes », de nos jours ? La réponse peut être : « je ne sais pas ». Mais voilà autant de questions qui méritent d’être posées et, surtout, creusées.

      Je te remercie par avance.
      Bien fraternellement et bon courage,

      Pep’s

    • J’ai passé un très bon week-end, merci. J’espère que toi aussi.
      Ne t’inquiètes pas, je ne me préoccupe pas que de la forme. Ce qui m’agace, c’est qu’on a tendance à parfois trop séparer le fond et la forme, comme si l’un allait sans l’autre. Après, tu connais mes articles, tu peux constater l’importance que j’accorde au fond, comme à la forme, le dernier n’étant jamais au détriment du premier.
      On peut se poser des questions, mais parfois je préfère ne pas avancer de réponses, parce que la Parole ne me le permet pas de façon affirmée. On peut avancer des hypothèses, tout au plus.
      Jamais je ne prendrai le silence comme un argument. Je peux le considérer comme un indice, mais pris à part, il ne me dit rien (^^).
      « Pourquoi il n’y a pas d’épître aux Athéniens? » Je ne sais pas. Pourquoi il n’y a pas d’épître à toutes les Églises que Paul a fondé? Je ne sais pas.
      Mais je ne permettrai pas de dire que c’est parce qu’il s’est compris ou que c’est à cause de la forme de son discours…

    • Peps Cafe dit :

      Bonsoir Matthieu,

      j’ai aussi passé un bon WE, très riche, je te remercie. « Le Seigneur est réellement ressuscité ! »

      Je te remercie de ta réponse, comme de ta patience. En effet, je connais tes articles(j’apprécie tes angles culturels) et j’y vois effectivement l’importance que tu accordes autant à l’un qu’à l’autre. En fin de compte, « à fond la forme » ? 😉
      Au cas où, je te rassure aussi : comme tu as du t’en rendre compte en me lisant, ce n’est pas non plus mon genre de « séparer » les choses, comme, par exemple, séparer le fond de la forme et vice-versa.

      Mes questions ont un but, comme tu l’as compris : soulever des questions, ne pas se contenter d’évidence, éviter(concernant l’interprétation biblique)l’écueil de la lecture « édifiante »(dans le sens : la prédication de Paul à Athènes doit-elle être prise comme un « modèle » ?) et soulever les enjeux de nos influences culturelles d’aujourd’hui. Autant de questions auxquelles tu avoues ne pas pouvoir répondre, en l’état actuel des choses.
      A noter que j’apprécie l’honnêteté avec laquelle tu conclue(provisoirement ?) par un « Je ne sais pas(…)Je ne sais pas. Mais je ne permettrai pas de dire que c’est parce qu’il s’est compris ou que c’est à cause de la forme de son discours… »

      C’est sans doute ce qu’il y a de mieux à dire pour l’instant…en attendant, en attendant…? 😉

      Fraternellement,

      Pep’s

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