3 pistes concrètes pour se repentir de la calomnie à l’ère des réseaux sociaux

CALOMNIE [kalomni]: Accusation mensongère portée sciemment contre quelqu’un pour jeter sur lui le discrédit. (TLFI).

Quand on pratique la calomnie, c’est comme si on jetait de l’acide sur la figure de quelqu’un. Ce vitriolage est terriblement destructeur pour sa réputation. Dans la Bible, on voit même que la calomnie pouvait faire couler le sang. (Ézéchiel 22.9); ceci illustre bien le principe au cœur de la calomnie: le désir de détruire. Si ce n’est pas physiquement, c’est au moins moralement. Ce n’est donc pas une surprise d’entendre Jésus inclure la calomnie dans sa liste des péchés les plus évidents : “les adultères, les impudicités, les meurtres, les vols, les cupidités, les méchancetés, la fraude, le dérèglement, le regard envieux, la calomnie, l’orgueil, la folie” (Marc 7.21-22). Ce n’est pas plus étonnant de voir Paul inclure la calomnie parmi les “choses indignes” qui méritent le jugement (Romains 1.28-32). La calomnie est un péché avec un grand P.

Il fut un temps où la calomnie était plus ou moins confinée à une petite communauté de personnes (les mots se transmettaient uniquement oralement). Dans un tel environnement, il était possible d’intervenir dans la communauté pour stopper la calomnie rapidement.

Mais aujourd’hui, tout a changé. Avec un seul article ou tweet calomnieux, on peut détruire la réputation de quelqu’un devant des milliers de personnes, tout ça en quelques heures. Et puisque cela se fait depuis la sphère privée, toute réprimande de la communauté arrivera forcément trop tard. Une fois que la cloche de la calomnie a retenti, elle a retenti pour toujours. On ne regardera plus jamais une personne victime de calomnie de la même manière. L’attaque à l’acide l’a marquée pour toujours.

Pistes pratiques pour se repentir

Que se passe-t-il si nous avons attaqué quelqu’un publiquement et que nous voulons nous repentir de cette calomnie? À quoi ressemblerait une vraie repentance?

Le Seigneur nous donne des éléments précis. Et la réponse vient d’un livre auquel on n’aurait pas pensé: le Lévitique. En Lévitique 6.1-7, on trouve un texte de loi qui précise ce que doit faire une personne qui aurait péché contre une autre. Le cas décrit est celui d’une tromperie exercée au moyen du mensonge. La repentance attendue est qu’on reconnaisse qu’on a mal agi (cf. Lévitique 5.5, Matthieu 5.23-24), qu’on rembourse ce qu’on a volé, et qu’on ajoute 20% pour “dommages et intérêts”.

Autrement dit, la vraie repentance se caractérise par trois actions:

  1. Reconnaitre son péché auprès de la personne qui a été calomniée.
  2. Rectifier les torts quand c’est possible.
  3. Ajouter des dommages et intérêts.

À quoi ressemble ce type de repentance si la calomnie est publique? Tout d’abord, il s’agit de contacter la personne que nous avons calomniée, en reconnaissant nos torts et en implorant son pardon. Si nous connaissons directement la personne, alors contactons-là directement. Si nous la connaissons moins, faisons de notre mieux. Quelqu’un de notre entourage immédiat mérite un appel téléphonique ou un entretien face à face. Dans d’autres cas, là où nous n’avons peut-être même jamais rencontré la personne, un e-mail pourra convenir. L’important est que le calomniateur se repente auprès de la personne qu’il a blessée.

Ensuite, nous devons corriger nos torts en rétablissant la vérité de manière aussi publique que l’était notre calomnie à l’origine. Si la calomnie a été répandue au travers des réseaux sociaux, ce n’est pas suffisant de supprimer la publication. Il faut certes la supprimer, mais en poster une nouvelle qui rétablit la vérité (avec la même portée que la première) et se repentir d’avoir calomnié. Si nous ne faisons pas ceci, où est la vraie repentance? L’audience de notre repentance publique doit correspondre à l’audience de notre péché.

Troisièmement, nous devons payer les dommages et intérêts: essayer d’aller plus loin encore dans le rétablissement de la vérité. Dans le contexte de la calomnie sur les réseaux sociaux, les dommages et intérêts peuvent prendre plusieurs formes:

  1. Écrire plusieurs publications ou tweets pour contribuer à la réhabilitation des personnes que nous avons détruites, en essayant d’atteindre encore plus de lecteurs qu’avec notre message calomniateur.
  2. Passer une année à partager et re-tweeter le contenu qui parlerait positivement de cette personne.
  3. Payer littéralement des dommages et intérêts. Est-ce que notre faute a eu des impacts financiers sur la personne ou le ministère qu’elle représente ? Nous devrions réfléchir sérieusement à une réparation financière s’il y a eu des répercussions dans ce domaine-là.

Une dernière chose. La plupart des calomnies en ligne que j’ai vues viennent du fait que nous pensons qu’une personne a commis un péché. Parfois, nous postons des commentaires calomniateurs parce que nous donnons crédit à un contenu faux, et nous l’avons fait suivre à d’autres. Parfois, c’est notre propre jugement sur la personne qui était faux. Dans les deux cas, notre motivation était liée à notre dégoût pour le péché: il nous révolte. Et la haine du péché est bien entendue une bonne chose! Mais notre haine réelle du péché sera aussi mesurée à la manière dont nous nous repentons de la calomnie publique.

Ayons en horreur le péché de calomnie, autant que tous les autres péchés.


Merci à Cédric Jung pour la traduction de cet article.


Pour aller plus loin:

Jay Sklar

Jay Sklar est professeur d'Ancien Testament et doyen de la faculté Covenant Seminary à St. Louis. Il a effectué sa thèse sous la supervision du professeur Gordon Wenham et s'est concentré sur la théologie du sacrifices. Il a récemment publié un commentaire sur le Lévitique dans la série Tyndale Old Testament Commentary.

https://www.covenantseminary.edu/faculty/jay-sklar/

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