Pour un ministère de louange non professionnel et à petit budget

Enseigner, célébrer, pleurer, compatir, encourager, inculquer, partager, exulter, louer, catéchiser, émerveiller, emplir d’humilité, prier, instruire, défendre, expliquer, soutenir, exprimer, démontrer, illustrer, rappeler, toucher, solenniser, impliquer, intégrer, témoigner et mémoriser : le ministère de louange.

Voilà une liste incomplète des choses que Dieu accomplit à travers la musique par les chrétiens et en eux dans la vie de l’assemblée locale. Trop de pasteurs ne voient pas l’importance de ce ministère, n’y réfléchissent pas assez. Ce n’est pas le cas de Martin Luther. Voici ce qu’en dit le grand prédicateur allemand: « Je ne sais que faire des grognons qui méprisent la musique, car il s’agit là d’un cadeau de Dieu. La musique chasse le diable et rend les gens gais; ils oublient ainsi toute colère, impudicité, arrogance et toutes sortes de choses similaires. Après la théologie, j’attribue à la musique la plus haute place et le plus grand honneur. »

La musique dans la Bible

La musique: quel don magnifique de Dieu! L’Ancien Testament en déborde, des Lévites jusqu’au roi David. Et nous savons que, dans le Nouveau Testament, c’est avec un hymne que la Cène s’est conclue et que les rachetés composeront une chorale qui servira de bande originale lors de notre transition du temps présent à l’éternité. Le Nouveau Testament nous demande de façon explicite de chanter et de faire de la musique (Ep 5.19; Col 3.16; Ja 5.13). Il ne s’agit pas d’un labeur pénible, mais d’une grande bénédiction. Nous sommes invités à participer à l’expression terrestre et présente d’une réalité céleste et future: le cantique des rachetés!

Edward Hiscox, pasteur baptiste célèbre à New York au 19e siècle, a écrit:

Le chant devrait être congrégationaliste, c’est-à-dire que les membres de l’Église devraient chanter; toute l’assemblée devrait louer Dieu par le chant. Chanter, c’est la louange du peuple. Les psalmodies, les hymnes et l’oratorio sont plus appropriés pour la cathédrale et le temple. Bien que ce soient des expressions belles et sublimes, elles ne devraient être utilisées qu’avec parcimonie dans l’assemblée chrétienne. Elles inspirent la louange de l’assemblée, mais celle-ci ne loue guère par elles. La particularité de l’Évangile et du sanctuaire chrétien exige avant tout la chanson, dans laquelle l’assemblée chante et exprime sa dévotion, plutôt que la volonté d’écouter simplement pour attiser cette dévotion. (Baptist Church Directory, New York, 1859; p.50)

Pourquoi donc les pasteurs et responsables de l’Église locale ne nous donnent-ils pas cette vision-là de la musique? Nos formats de louange seraient-ils déterminés par notre culture plus qu’il ne le faut, quand nous en venons à honorer ces commandements relatifs à la musique, plutôt que par le bien qu’ils pourraient procurer? Les autres cultures et l’Église du passé avaient-elles une simplicité dans leur obéissance à ces commandements, un quelque chose qui apportait plus de joie à la congrégation? Nos cultes sont-ils censés être une forme de divertissement, se rapprochant du concert?

Une auto-évaluation du ministère de louange dans l’église

Faisons une petite auto-évaluation: les mots suivants sont-ils bons ou mauvais pour vous, lorsqu’ils sont associés au ministère de louange de votre Église? « Sérieux »; « expressif »; « professionnel »; « congrégationaliste »; « excellent ». Je sais que pour ma propre expérience, la musique de notre Église a un impact profond dans ma vie, ainsi que celle d’autres dans mon assemblée. Quand je l’entends chanter, mieux, quand je peux chanter avec elle, je me sens souvent comme le Grinch, ce merveilleux jour de Noël où son cœur a triplé de volume. C’est la réaction que j’ai lorsque j’entends notre assemblée chanter « Immortel, Invisible, Dieu de sagesse » ou « Christ a tout payé ».

Je veux bien reconnaître que le ministère musical de notre Église soit assez unique de nos jours, mais cela pourrait être enrichissant de vous en présenter certains éléments, notés ci-dessous.

Notre assemblée chante probablement 15 hymnes par dimanche (environ 9 dans notre culte du matin et 6 pour notre rencontre de prière du soir). Nous récitons toutes les strophes et, si les voix des chants sont bonnes, nous chantons souvent la dernière strophe a cappella. Parfois, les visiteurs se demandent comment c’est possible que l’âge moyen des présents semble inférieur à 30 ans, alors que nous chantons tant d’hymnes avec si peu d’instruments d’accompagnement (généralement, un piano et une guitare). Qui plus est, ils semblent aimer ça!

Daniel Bellamy, membre de notre Église et un bon ami à moi (même s’il a la moitié de mon âge), m’a envoyé un courriel inattendu et non sollicité, il y a environ 4 ans. Il y exprimait la façon dont il était régulièrement béni par notre musique. Je cite: « Quand je vois mes prières, et j’ai l’impression que mes mots n’arrivent même pas au plafond, que je suis distrait, qu’il y a tant de péché, que mes prières sont si minables, que seulement quelques minutes sont passées… je pourrais me remémorer Hébreux 4.14-16 et le rôle du Christ en tant que souverain sacrificateur, mais quel réconfort de chanter:

Devant le trône du Très-Haut,
Mon défenseur saura plaider;
Cet Avocat s’appelle amour,
Il intercède pour moi toujours. »

Daniel trouve dans de tels hymnes un remède pour son âme, et cela me fait penser qu’il représente ainsi l’état d’âme de Paul alors qu’il chantait dans la prison dans le livre des Actes. Il représente ce que beaucoup d’entre nous ressentent au travers de nos vies. Le ministère musical de nos Églises est grand, profond et merveilleux.

Grand, profond, merveilleux… et cher?

Et on y dépense des milliers de dollars chaque année. Pour être clair, nous dépensons des milliers de dollars de notre budget annuel (qui atteint environ 3,5 millions de dollars normalement) pour aider le ministère musical de la congrégation par lequel les membres se bénissent les uns les autres. Nous faisons cela de façon indirecte, par le temps qu’un de nos assistants pastoraux passe à mettre en page et à imprimer le bulletin hebdomadaire (qui est de toute manière nécessaire); par le temps que je passe à tracer les grandes lignes des cultes et à en choisir les hymnes; et par le temps que le personnel de l’Église passe chaque mardi après-midi à peaufiner les cultes du week-end. Il existe probablement d’autres coûts indirects qui ne me viennent pas à l’esprit.

Nous dépensons également des milliers de dollars pour le ministère musical de l’Église de façon plus directe. Nous avons décidé de ne pas limiter nos chants à un seul recueil, nous avons donc des dépenses chaque année pour les droits d’auteurs (452 dollars cette année), qui nous permettent d’utiliser beaucoup d’hymnes et de chansons qui n’appartiennent pas au domaine public. Il nous faut encore environ 1350 dollars par année pour accorder le piano et pour les partitions. Nous avons également un budget de 2000 dollars pour les achats liés au système sonore et à l’enregistrement, ainsi que pour les réparations. Pour finir, un membre de l’Église est payé 300 dollars par mois pour coordonner les guitaristes, les pianistes et la chorale, par un système de rotation des membres qui servent dans ce domaine. Au total, environ 7400 dollars cette année pour une Église d’environ 950 membres, avec un budget annuel de 3,5 millions (et, je le répète, ce chiffre ne tient pas compte du temps que moi et mon équipe dédions à la planification trimestrielle et hebdomadaire). Il s’agit donc de 0,2% de notre budget annuel qui est alloué au ministère de louange. Mais dans nos cultes, les voix de l’assemblée sont peut-être la chose la plus impressionnante. En tout cas, c’est ce que me disent les visiteurs à la fin du culte.

Cette somme d’argent semblerait importante à nos frères et sœurs persécutés dans le monde, qui seraient arrêtés par la police s’ils chantaient aussi fort que nous. Mais pour beaucoup d’Églises américaines, elle semble scandaleusement infime. Toutefois, en gardant notre ministère de louange concentré sur des paroles authentiques, des chants « chantables » (dans différents styles), et les voix de l’assemblée, nous avons de la musique simple et facile à reproduire. Les implantations ou les rétablissements d’Églises que nous menons à bien (ces 20 dernières années, nous avons participé de façon directe ou indirecte à 7 de celles-ci dans la région de Washington DC) peuvent facilement reproduire notre musique, si elles le souhaitent.

Ni la meilleure ni la seule façon de le faire

Au cours de mon long service en tant que pasteur, j’imagine (non, en réalité, je sais) que certains membres ont quitté l’Église baptiste de Capitol Hill et se sont joints à d’autres Églises ayant un ministère de louange qu’ils préféraient. Ce n’est pas un problème, je suis même reconnaissant pour la façon variée dont Dieu développe les dons de différentes Églises. Certaines Églises auront un plus grand orchestre, des instruments différents et choisiront peut-être même leurs hymnes et chansons, modernes et anciens, d’un différent recueil.

Je ne dis pas que la façon dont mon Église « fait » la louange est la seule ni la meilleure. Ce que je cherche à montrer, c’est que la qualité de la musique, et surtout la qualité des choristes, ne dépend pas de la taille du budget. Je soutiens même qu’un accompagnement minime peut avoir l’effet inattendu d’en demander plus aux voix de l’assemblée, ce qui améliore à la fois le volume et la qualité de celles-ci. Si la voix de notre Église réunie est réellement si exceptionnelle, ce n’est peut-être pas malgré notre méthodologie, mais bien grâce à elle.

Avoir un « ministère de louange » non professionnel et peu complet:

  • est un gain d’argent qui nous permet de le dépenser ailleurs;
  • est un gain de temps pour beaucoup, nous permettant de mieux allouer celui-ci à d’autres tâches;
  • empêche une sous-culture caractérisée par la chair et la jalousie, ainsi qu’une culture de performance mondaine de se développer dans l’Église;
  • met en avant le chant de la congrégation (ce qui tranche la racine de la mentalité de divertissement);
  • sert régulièrement d’encouragement à beaucoup de monde.

En résumé: le pasteur choisit les hymnes et l’assemblée devient une chorale dont les membres chantent les uns aux autres. Ce genre de production demande une part infime de temps aux intéressés, mais la culture que cela développe dans notre Église est inestimable.

Article traduit avec autorisation. Merci à Joseph Natali pour la traduction.

Mark Dever

Mark est le pasteur de Capitol Hill Baptist Church à Washington, DC aux Etats-Unis et fondateur de 9Marks Ministries. Il a écrit plus d'une dizaine de livres dont L'église: un bilan de santé (cf. notre recension ici).

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