L’incroyable témoignage d’une ancienne gymnaste au procès de celui qui a abusé d’elle

L’ancienne gymnaste Rachael Denhollander a eu 40 minutes pour s’adresser à la Cour – et à son agresseur – lors de l’audience pour définir la peine de Larry Nasser, un ancien médecin des gymnastes de l’équipe nationale des États-Unis, qui a molesté la jeune athlète il y a 16 ans lors de son séjour dans une clinique.

Son incroyable témoignage a marqué toute la Cour alors qu'elle s'exprimait à son agresseur.

Ce qu’elle a dit en s’adressant directement à l’homme, qui se félicitait de son innocence et qui avait abusé d’innombrables autres filles de manière malveillante et manipulatrice, est un témoignage incroyable de la grâce et de la justice de Jésus-Christ.

Retrouvez en vidéo (en anglais) son témoignage saisissant :

(À 25:40, elle s’adresse directement à Nasser en parlant avec force de l’Évangile dans sa vie. Mais les 25 premières minutes sont essentielles pour comprendre sa conclusion, car elles contiennent des leçons pour nous tous pour prévenir et signaler un abus sexuel à l’intérieur ou en dehors de l’Église.)

Voici aussi ci-dessous un extrait de son témoignage (disponible en anglais dans sa totalité sur le site de CNN):

« Vous êtes devenu un homme dominé par des désirs égoïstes et pervers, un homme défini par ses choix quotidiens et répétés de nourrir cet égoïsme et cette perversion. Vous avez choisi de laisser aller votre méchanceté, peu importe ce que cela pouvait coûter aux autres, et le contraire de ce que vous avez fait est pour moi le fait de choisir d’aimer de manière sacrificielle, peu importe ce que cela me coûte.

Durant les premières audiences, vous avez apporté votre Bible dans la salle d’audience et vous avez parlé de prier pour le pardon. C’est donc sur cette base que je fais appel à vous. Si vous avez lu la Bible que vous avez amenée, vous savez que la définition de l’amour sacrificiel est incarnée par Dieu lui-même, aimant de manière si sacrificielle qu’il a tout abandonné pour payer la peine du péché qu’il n’avait pas commis. Par sa grâce, je choisis moi aussi d’aimer de cette manière.

Vous avez parlé de prier pour le pardon. Mais Larry, si vous avez lu la Bible que vous avez amenée, vous savez que le pardon ne vient pas du fait d’accomplir de bonnes choses, comme si de bonnes actions pouvaient effacer ce que vous avez fait. Le pardon vient de la repentance qui exige de se confronter à la réalité de ce que vous avez fait et de la reconnaître dans toute sa dépravation et dans toute son horreur, sans atténuation, sans excuse, sans agir comme si de bonnes actions pouvaient effacer ce que vous avez vu et entendu dans cette salle d’audience aujourd’hui.

La Bible que vous avez amenée dit qu’il vaut mieux accrocher une pierre autour de votre cou et vous jeter dans un lac plutôt que vous laisser faire trébucher un seul enfant. Mais vous avez fait du mal à des centaines d’entre eux.

La Bible dont vous parlez porte un jugement final où la colère de Dieu et la terreur éternelle sont réservées à des hommes comme vous. Si jamais vous atteignez le point de vous confronter vraiment à ce que vous avez fait, la culpabilité sera écrasante. Et c’est ce qui rend l’Évangile de Christ si doux. Il propage en effet la grâce, l’espérance et la miséricorde là où personne ne pourrait les trouver. Et cette possibilité vous est aussi offerte.

Je prie que vous fassiez l’expérience de l’âme écrasée par le poids de la culpabilité afin que vous puissiez un jour expérimenter la vraie repentance et le vrai pardon de Dieu, dont vous avez bien plus besoin que du mien, même si je vous l’accorde également.

Tout au long de la procédure, je me suis accrochée à une citation de C.S. Lewis, qui dit:

Mon argument contre Dieu consistait à dire que l’univers semble cruel et injuste. Mais comment ai-je eu cette idée de justice ou d’injustice? Un homme n’appelle pas une ligne tordue s’il n’a pas d’abord une idée de ce qu’est une ligne droite. À quoi est-ce que je comparaissais l’univers quand je disais qu’il était injuste?

Larry, je peux appeler ce que vous avez fait « mal » et « mauvais » parce que c’était le cas. Et je sais que c’était mal et mauvais parce que la ligne droite existe. La ligne droite n’est pas mesurée en fonction de votre perception ou de celle de quelqu’un d’autre, et cela signifie que je peux dire la vérité sur mon abus sans minimisation ou atténuation. Je peux l’appeler « mal » parce que je sais ce que c’est que la bonté. C’est la raison pour laquelle je vous plains. Car quand une personne perd la capacité de définir le bien et le mal, quand elle ne peut pas définir le mal, elle ne peut pas non plus définir et apprécier ce qui est vraiment bon.

Quand une personne peut nuire à un autre être humain, en particulier un enfant, sans véritable culpabilité, elle a perdu la capacité d’aimer vraiment. Larry, vous vous êtes tenu à l’écart de toute chose vraiment belle et bonne dans ce monde qui aurait pu et dû vous apporter de la joie et de l’épanouissement, et je vous plains pour cette raison. Vous auriez pu avoir tout ce que vous avez prétendu être. Toutes les femmes qui se tenaient ici vous aimaient vraiment comme un enfant innocent, avec un amour réel et authentique pour vous, et cela ne vous a pas satisfait.

J’ai expérimenté la satisfaction de l’âme grâce à un mariage construit sur l’amour sacrificiel, la sécurité, la tendresse et le soin. J’ai expérimenté la vraie intimité dans ses joies les plus profondes, et elle est belle, sacrée et glorieuse. C’est une joie de laquelle vous vous êtes coupé à jamais, et je vous plains pour cela.

J’ai été là pour de jeunes gymnastes et je les ai aidées à passer du statut de petites filles maladroites au statut d’athlètes gracieuses, belles et confiantes. J’ai pris plaisir à leur succès parce que je voulais le meilleur pour elles. C’est une joie de laquelle vous vous êtes coupé pour toujours, parce que votre désir d’aider n’était rien de plus qu’une façade pour votre désir de nuire.

J’ai vécu la satisfaction profonde de serrer mes petits enfants dans mes bras et de les faire se sentir en sécurité parce que j’étais en sécurité, et c’est une joie tellement riche qu’elle va au-delà de ce que je peux exprimer. Vous vous en êtes coupé, parce que vous n’étiez pas sécurisant. Et je vous plains pour cela.

En perdant la capacité d’appeler mauvais ce qui l’est sans l’atténuer ou le minimiser, vous avez perdu la capacité de définir et d’apprécier l’amour et le bien. Vous vous êtes bâti pour vous-même une prison qui est pire, bien pire que tout ce que je pourrais dire pour votre condamnation, et je vous plains pour cela. »

Justin Taylor est vice-président de The Gospel Coalition, blogueur et éditeur de livres.

Merci à David Steinmetz pour la traduction de l’article.

Auteur invité

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