La foi : une œuvre ?

Examiner sa foi ? Cela peut être bon (2 Cor 13.5a)… à condition de ne pas se méprendre sur ce qui est en jeu. Certainement pas la force de nos sentiments.

A mon avis, plus que la tentation de faire ses bonnes œuvres pour gagner son salut, c’est celle décrite ci-dessous qui guette notre temps.

Après avoir lu ce rappel, j’avais juste envie de rendre grâce. J’espère que vous aussi. Oui, un rappel, car rien de neuf. Mais, « je vais toujours vous rappeler ces choses, bien que vous les sachiez et que vous soyez affermis dans la vérité présente » (2 Pierre 1.12).

La doctrine de la justification par la foi paraîtra bien obscure à certains lecteurs aujourd’hui. Le terme de « foi » évoque pour beaucoup quelque système de croyances intangible suscitant une adhésion irréfléchie. Ou encore, de façon plus romantique, ces élans incontrôlés du cœur, défiant la raison. La foi, chez Luther comme chez tous les grands Réformateurs, n’est pas un mouvement d’adhésion irrationnel qui aurait son siège en l’homme, elle est d’abord reconnaissance de Dieu. La justification par la foi renvoie en fait chez Luther à « la justification de l’homme par Dieu ». Il faut se garder de transformer à son tour la foi en une œuvre pieuse, en faisant consister le salut dans la qualité ou la profondeur de la conviction. La justification ne procède pas de l’accumulation des mérites personnels ; elle est un effet de la pure miséricorde du Dieu sauveur, indépendamment de tout sentiment affectif. Dieu se donne totalement et sans retenue ; la foi, pour les Réformateurs du moins, n’est pas un état d’âme ou une forme de dilection. La justice divine ne revêt aucun caractère distributif.

B. Cottret, Histoire de la Réforme protestante, Perrin, 2010 [2001], coll. «tempus», p. 41. (J’en profite, au passage, pour signaler que c’est la seule histoire de la Réforme de poche en français que je connaisse qui, en plus de l’Allemagne et la France, fait une large place à l’Angleterre et à des personnalités comme Wesley, fondateur du méthodisme, « mal connu en France, en dépit de sa célébrité dans le reste du monde » p. 398….)

Myriam J.

A fait une licence d'histoire à la Sorbonne. Elle était une contributrice régulière au blog durant plusieurs années.

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  • Bernard Cottret 🙂
    J’ai justement un cours avec sa femme ce semestre. J’en ai aussi eu un l’année dernière sur les rapports entre religion et pouvoir à l’époque moderne.
    A ce propos je te conseille son livre sur l’édit de Nantes qui est particulièrement intéressant.
    Il casse un certain nombre d’idées reçues. A l’occasion j’en proposerai un petit résumé.

    • Myriam dit :

      Salut David,
      Waoh, tu as cours avec Monique Cottret 🙂 Est-ce que les amphis sont aussi simples d’accès que chez nous, chez vous ? 😉
      Je l’ai pas mal lue quand j’ai travaillé sur le jansénisme dans le cadre de mes cours sur Paris 1660-1789 (avec R. Abad).
      Quant à Bernard Cottret, je compte lire tous ses livres. Je n’ai jamais été déçue pour l’instant. Tu as celui sur l’édit de Nantes ? Je viens de finir sa bio de Thomas More. Excellent.

  • Elle donne un cours en amphi , mais là je l’ai en séminaire de recherche. On est donc en petit comité (une douzaine de personnes … ce qui est toujours plus qu’un séminaire d’antique 😀 ).

    Pour le livre, il me semble que je l’avais emprunté à la BU de Nanterre.

    D’ailleurs au premier semestre elle avait proposé un séminaire sur « histoire et mémoire ». Il y a notamment eu un cours sur le thème de « l’Eglise primitive ». Malheureusement je n’étais pas inscrit mais je vais essayer de récupérer quelques prises de notes 🙂

    • Myriam dit :

      « Histoire et mémoire », ça devait être pas mal, ça aussi… Ca doit entre autres faire référence à ce qu’elle a écrit dans Normes et déviances.
      Prends du plaisir à étudier ! C’est quand on ne va plus à la fac qu’on se rend compte qu’on aime ça quand même (je parle pour moi 😉 ).

  • Tu peux toujours venir nous visiter :-), Versailles ce n’est quand même pas si loin 😀
    A ce propos, j’en parlerai sur mon blog, mais mon directeur de recherche organise un colloque en avril avec notamment la venue de Peter Brown.

    Le thème sera « Dieux civiques et saints locaux’ et il s’étalera sur 3 jours.
    On sort un peu de l’histoire moderne, mais bon ^^

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