« Jésus est la fin de la loi »: une finalité en forme de fin

Romains 10.4 est un des versets « ennuyeux » de l’Écriture. Ennuyeux, au sens où ils autorisent diverses interprétations et, par conséquent, sont propres à susciter de nombreux débats.

« Christ est la fin de la loi », traduit la Segond 21, en accord avec la plupart des versions françaises. Néanmoins, la Bible en français courant renvoie à un autre sens: celui de but. C’est que le mot grec telos peut désigner le terme, la cessation, ou la finalité, le but. Quant au mot « loi », la plupart des commentateurs s’accordent pour reconnaître qu’il s’agit, dans le contexte, de la loi de Moïse.

Parler de « fin » de la loi dans la traduction, n’est-ce pas faire preuve d’un mépris peu approprié vis-à-vis de l’Ancien Testament? Pas nécessairement. Les chrétiens reconnaissent l’autorité de l’enseignement des apôtres, s’appuyant sur la promesse de Jésus à propos du ministère du Saint-Esprit en Jean 14.26; 16.13. Or, ceux-ci sont clairement parvenus à la conclusion qu’avec l’œuvre accomplie par Jésus le Messie, il n’y avait pas lieu d’imposer le respect de la loi de Moïse aux non-Juifs (voir Actes 15, avec ce que l’on a appelé « le concile de Jérusalem »). Ils n’ont pas estimé que, ce faisant, ils contredisaient les propos de leur Seigneur en Matthieu 5.18: « Pas une seule lettre ni un seul trait de lettre ne disparaîtra de la loi avant que tout ne soit arrivé. » Une chose était claire, à leurs yeux: le régime de la loi était terminé, on était désormais sous le régime de la grâce; la loi ne permettait pas d’obtenir la justice, la foi en l’œuvre de Christ, si (voir Ro 6.14-15; 9.30-32). L’apôtre Paul n’a, du reste, pas manqué de le souligner dans d’autres écrits, notamment dans la lettre aux Galates (voir Ga 2.1–4.31), dont celle aux Romains reprend et développe une bonne partie des thèmes.

Cela dit, il est sans conteste vrai que Jésus représente aussi la finalité vers lequel la loi de Moïse tendait; Paul a évoqué sa fonction de pédagogue conduisant vers Christ (Ga 3.24). On ne peut donc pas exclure qu’il ait voulu jouer sur le double sens du terme, en Ro 10.4. Et, pour une fois, le français permet de conserver l’ambiguïté de l’original, puisque le mot « fin » ne désigne pas seulement la cessation mais inclut la notion de finalité, de but. Il aurait été dommage de ne pas en profiter dans la traduction…

Viviane André

Née au Nigéria de parents missionnaires avant d'être élevée en partie en France et en partie en Suisse, Viviane André a grandi « entre deux pages de Bible », selon l'expression usuelle. Assez tôt, elle a voulu pouvoir vérifier par elle-même ce qu'on lui enseignait, et elle a donc fait le choix d'étudier les langues anciennes dès le secondaire et jusqu'au niveau universitaire. Elle a ensuite entamé à Vaux-sur-Seine une formation théologique qu'elle a interrompue pour travailler à la Société Biblique de Genève, puis reprise il y a quelques années. A côté de cela, elle aime transposer les textes bibliques et le message de l'évangile sous forme théâtrale avec la troupe étincelle.

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