Les objectifs de Dieu contraires à nos perceptions

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Les objectifs de Dieu contraires à nos perceptions
Jon Bloom
Jon Bloom

« Maître, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ?» Jésus répondit : « Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché, mais c’est afin que les œuvres de Dieu soient révélées en lui. » – Jean 9.2-3

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L’homme aveugle de naissance et la souffrance

Lisez Jean 9.

Il était là, lui, le rebut de la société, assis aux portes du paradis-sur-terre (le temple). Un lamentable individu, mendiant la miséricorde condescendante des pieux passants qui se rendaient au temple. S’il pouvait gagner suffisamment de leur pitié aujourd’hui, il aurait de quoi manger.

Cet homme était aveugle. Il était né aveugle. Et c’était de sa faute. Alors qu’il n’était qu’un fœtus dans le ventre de sa mère, il avait certainement dû pécher contre le Tout-Puissant. Ou alors, ce sont ses parents qui avaient péché et amené cette malédiction sur leur fils. Quoi qu’il en soit, il subissait une juste punition.

Tous ceux qui avaient été de pieux fœtus passaient devant lui et laissaient parfois tomber une pièce dans sa main. Ce geste leur ferait gagner un peu plus encore les grâces divines.

Vous comprenez, dans la Loi et les Prophètes, Dieu n’avait pas expliqué exactement pourquoi un pécheur pouvait souffrir plus qu’un autre pécheur. Les théologiens en avaient donc déduit que les souffrances d’une personne ne pouvaient être que la conséquence d’une offense personnelle et spécifique envers Dieu.

Les amis de Job (Jb 2.11) étaient arrivés à la même conclusion au sujet des épreuves qu’il traversait. Sauf que… Dieu leur a dit : « Vous n’avez pas parlé de moi correctement » (Jb 42.8). Et Dieu s’apprêtait à administrer encore ce même genre de réprimande.

Les disciples de Jésus avaient été enseignés par les théologiens. Mais la vue de cet aveugle sur les marches du temple avait déclenché en eux une question qui les tracassait. Eux, par contre, avaient une chance exceptionnelle : Dieu le Fils, celui en qui habite corporellement toute la plénitude de la divinité (Col 2.9), marchait à leurs côtés tous les jours. Alors, ils pouvaient lui poser la question directement !

– Maître, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ?

Dieu le Fils s’arrêta et regarda l’homme en question. Puis, il leur donna une réponse qui allait bouleverser leur manière de penser et impacter la destinée de millions de gens :

– Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché, mais c’est afin que les œuvres de Dieu soient révélées en lui.

Entendez-vous les disciples en train de reprendre leur souffle ? En avez-vous eu vous-même le souffle coupé ?

Je me permets de reformuler ce que Jésus a dit : cet homme était aveugle parce que Dieu l’avait fait aveugle afin de pouvoir exposer sa puissance à travers lui (Ex 4.11). Sa condition n’avait rien à voir avec son péché ou celui de ses parents. La raison d’être du handicap de cet homme n’était pas la punition, mais la proclamation. Le problème, c’est que personne n’avait compris cela jusqu’à ce jour !

La réponse de Jésus démolissait tout un système théologique oppressif. Il enlevait le fardeau de la responsabilité du handicap des frêles épaules de ceux qui souffraient, pour le placer sur les toutes-puissantes épaules de Dieu. Les hommes luttent parfois avec le problème de la souffrance. Mais quand ils le font, ils se battent avec Dieu, pas avec ceux qui souffrent.

Et lorsque Jésus a prononcé ces paroles, il comprenait très bien tout ce que cela impliquait. Ces paroles étaient d’une profondeur insondable. Jésus savait combien ce moment de proclamation avait coûté de souffrance à cet homme.

Pendant toutes ces années, cet homme et ses parents avaient peiné sous le poids d’une certaine compréhension des choses. Ils avaient vécu avec l’impression que Dieu avait fait tomber sur eux un jugement pour des raisons qui leur échappaient encore. Toutes ces années à endurer le mépris des autres. Imaginez l’enfance de cet homme. Les insultes qu’il avait reçues, les vexations, les coups, la pauvreté, la solitude et le rejet des autres enfants. Combien d’heures avait-il passées à pleurer ? Combien de supplications lancées vers Dieu ? Aucun espoir de recevoir une éducation. Aucun espoir de fonder une famille. Il n’avait qu’une seule option de carrière : mendiant. Sa vie avait été très difficile.

Et, à en croire ce que disait Jésus, c’était la volonté de Dieu. Mais est-ce que tout cela en valait vraiment la peine ?

Après avoir donné cette réponse qui a fait trembler le monde, Jésus a craché sur le sol, fait de la boue avec sa salive et l’a étalée sur les yeux de l’homme. Puis il lui a dit : « Va te laver au bassin de Siloé » (v. 7). L’homme est parti, il s’est lavé et, quand il est revenu, il voyait!

À cet instant précis, tout a changé. Oh ! La puissance de la Parole ! Une lumière brille brusquement dans un regard obscurci. Un cerveau qui n’avait jamais encodé de stimuli optiques devient capable, en un instant, d’interpréter tout un monde visuel.

Mais, plus révolutionnaire encore sur le plan des conséquences de cet acte, un homme jusque-là perçu comme l’objet de la colère de Dieu est désormais perçu comme l’objet de la bonté de Dieu ! Tous ceux qui avaient toujours dit qu’il était « né tout entier dans le péché » (v. 34) découvrent maintenant que Dieu l’avait créé aveugle afin de pouvoir lui faire grâce et de prononcer un jugement sur les gens religieux qui l’avaient jugé à cause de son handicap :

Je suis venu dans ce monde pour un jugement, pour que ceux qui ne voient pas voient et pour que ceux qui voient deviennent aveugles.
– Jean 9.39

Alors, est-ce que cela en valait la peine ? Souffrir à ce point pendant toutes ces années afin de pouvoir un jour proclamer la gloire de la grâce de Dieu ? Cela dépend de ce que Dieu lui a donné en échange.

Dieu l’a tant aimé qu’il lui a donné son Fils unique afin que cet homme ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle (Jn 3.16). Ce que cet homme a reçu, au-delà de sa guérison physique miraculeuse, c’est la réalité bien plus miraculeuse encore du pardon de tous ses péchés (Mt 9.5-8) et de la vie éternelle dans la présence de Dieu, où la joie abonde et le bonheur est infini (Ps 16.11). Ce que Dieu lui a donné en échange est un cadeau qui valait largement dix mille vies vécues en pauvre aveugle.

Ne soyons pas trop rapides à interpréter les objectifs de Dieu dans la souffrance – la nôtre et celle des autres. Souvent, nous n’y voyons aucune valeur réelle. Nous avons peut-être l’impression ou le sentiment que la souffrance est un jugement de Dieu. Ou juste la résultante absurde d’un univers aveugle et froid, livré au hasard.

L’homme né aveugle nous rappelle que nos ressentis et les objectifs de Dieu peuvent être deux choses très différentes, parfois même diamétralement opposées. Si nous devons nous montrer sceptiques, soyons-le plutôt vis-à-vis de ce que nous ressentons.

Et cet homme nous rappelle que, lorsque Jésus révélera enfin la vraie raison d’être des circonstances, nous comprendrons qu’elle est bien plus glorieuse que tout ce que nous aurions pu imaginer et que la récompense est si formidable que toute trace d’amertume disparaîtra pour laisser place à une gratitude débordante.


Cet article est extrait du livre Où est ta foi ?, de Jon Bloom, BLF Éditions, 2016, chapitre 25, pp. 160-164. Publié avec l’autorisation de l’éditeur. Tous droits réservés.