Arrêtez de « prier pour vos contacts »

« J’ai eu un bon contact ». « Nous avons eu 15 contacts lors de notre dernière campagne d’évangélisation ». « Prions pour tous nos contacts ». « Que le Seigneur nous aide à avoir de nouveaux contacts ».

Toutes ces phrases ont été glanées dans des réunions de prières ou des discussions à l’Église, entre chrétiens. Je comprends l’idée derrière le mot « contact ». Avoir un contact, c’est avoir une première connexion avec une personne. Prise de cette manière, cette expression est acceptable. Elle ne l’est plus dès lors que le contact est une personne.

Or généralement, lorsqu’un évangélique demande de prier pour son « contact », il ne pense pas à une première connexion. Il songe à une personne qu’il a déjà rencontrée. Comprise de cette manière, cette expression est vraiment irrespectueuse. En tant que pasteur à tendance évangéliste, je côtoie de nombreux incroyants. Des PEC1 comme on disait au GBU. J’aime ces gens. Je désire plus que tout qu’ils connaissent Jésus. Qu’ils fassent la paix avec leur créateur. Mais ces gens ne sont pas des « contacts ». Ce sont des hommes et des femmes. Ce sont des étudiants, des retraités, des chômeurs, des cadres, des artisans, des collègues, des voisins, des conseillers municipaux, des membres de ma famille, etc. Ce sont des personnes avec qui j’entretiens des relations. Certains sont proches, d’autres plus distants. Mais ce ne sont pas mes « contacts ». Ils ont tous un prénom et un nom. Une fonction. Ce ne sont pas des « clients potentiels », des « futurs adeptes » de la religion évangélique.

Mon ami Fred, commercial dans une PME, utilise cette terminologie pour décrire ses futurs clients. C’est pour du business. C’est pour développer un chiffre d’affaires. C’est pour atteindre des objectifs. Fred quantifie ses contacts car il a un intérêt financier évident. Ses contacts sont des futurs clients qu’il compte mettre dans sa poche un jour ou l’autre. C’est un peu son terrain de chasse. Son vivier de poissons. Sa réserve personnelle. Je comprends que Fred utilise ce vocabulaire à des fins commerciales. En revanche, je trouve inacceptable d’emprunter la même terminologie à l’égard de ceux qui ne connaissent pas encore le Seigneur. C’est un manque de considération coupable.

Il faut se mettre dans la peau d’un non-croyant pour comprendre l’impact de cette expression. Marceline pénètre pour la première fois dans une Église évangélique. Roger, un frère sincère et zélé pour le Seigneur, encourage les fidèles à participer à la prochaine réunion de prière. Du haut de la chaire, Roger prononce ces quelques mots : « Mardi soir, nous intercèderons pour tous nos contacts. Nous avons jeté nos filets lors de notre dernière campagne d’évangélisation et avons attrapé quelques poissons. »

Si j’avais entendu ce genre de propos la première fois que j’ai franchi la porte d’une Église évangélique, je serais parti en courant. Ne confondons pas des hommes créés à l’image de Dieu avec des clients potentiels pour l’Évangile. Personnellement, j’ai banni ce mot dans l’église. Aujourd’hui, nous ne sommes rarement « qu’entre nous » pendant un culte. Chaque dimanche nous accueillons de nouveaux venus, des gens « du dehors » comme dirait l’apôtre Paul2. Nous ne souhaitons surtout pas que nos visiteurs se sentent mal à l’aise, qu’ils flairent un quelconque intérêt de notre part à les adjoindre à notre assemblée. Nous espérons que nos visiteurs seront dérangés par le message et non par notre manque de sensibilité. Ils doivent se sentir pleinement libres de partir comme de revenir.

D’accord me direz-vous, mais alors par quoi remplacer ce mot ? Je vous suggère le mot « ami ». Certains hésiteront avec ce terme. En tant qu’évangéliques, nous avons une idée assez précise du mot « ami ». Le terme grec « philéo » traduit par « ami » dans nos Bibles, sous-entend une certaine intimité, un engagement, une réciprocité dans la relation. Ceci dit, le mot « ami » n’a pas le même sens dans notre société. Il est beaucoup moins fort. Les gens ont de nombreux amis sur Facebook. Parfois, ce sont des gens qu’ils ne côtoient qu’une fois par an. De plus, Dieu nous considère comme ses amis dès lors que nous l’aimons et lui obéissons (Jn 15.14)3. Nous sommes appelés à aimer Dieu et notre prochain comme nous-mêmes. Ne pouvons-nous pas envisager les gens que nous côtoyons régulièrement également comme nos amis ? Ne sommes-nous pas censés les aimer et les servir ? Si vous ne choisissez pas le terme « ami », choisissez-en un autre. À votre convenance. Mais évitez d’associer vos prochains à des « contacts».

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  1. PEC est l’abréviation que les étudiants du GBU utilisaient pour ne pas parler des non-chrétiens. PEC signifie : Pas Encore Chrétien. 
  2. 1 Cor 5.12-13 ; Col 4.5 ; 1 Thes 4.12 ; 1 Tm 3.7 
  3. Jean 15:14 Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. 

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